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 Sternhell - la droite révolutionnaire - chapitre VI

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Thomas M
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MessageSujet: Sternhell - la droite révolutionnaire - chapitre VI   Lun 4 Fév - 0:10

Sternhell Chapitre VI
Une droite prolétarienne : les Jaunes


I Les origines

Mouvement latent au cours de la dernière décennie du XIXè siècle, le premier véritable syndicat anti-grève est fondé en 1899 à Montceau-les-Mines, sous le nom de syndicat n°2 par 8 ouvriers refusant la grève générale, rapidement rejoints par quelques centaines d’autres. Un mouvement similaire naîtra au Creusot, où les forces de l’ordre se verront obligées de protéger quelques ouvriers qui se rendirent au travail malgré la consigne de grève.
Alors que ceux de Montceau-les-mines étaient réunis au café de la mairie, une vague de leurs collègues en colère vint pour saccager l’établissement mais fut arrêtée par les forces de police après avoir néanmoins brisé les vitres. Les ex-assiégés n’avaient à leur disposition que du papier jaune comme fenêtre temporaire, et furent par la suite, de manière dépréciative, désigné par le nom de cette couleur. Cependant ils conservèrent ce nom injurieux en référence au terme, injurieux en son temps, de sans-culotte. D’emblée, malgré un programme qui prône le respect de l’ordre et la conciliation avec le patronat, ce mouvement se place symboliquement du côté des révolutionnaires.
Leur développement, d’abord limité à la région nordique, va bénéficier d’une diffusion plus large lorsque dans les débuts de 1901, suite à la loi du 17 Juillet 1900, les éléments les plus modérés, et notamment antimarxiste comme le chef de sydicat cheminot Paul Lanoir, sont exclus des Bourses du travail. Ce même Lanoir va alors fonder la Bourse Indépendante, inaugurée à Paris le 27 Décembre 1901 amenant ainsi à une union nationale des mouvements disparates qui avaient pu naître à Tours ou Vierzon par exemple.
Pour accélérer cette entente nationale, Lanoir crée dès 1901 l’hebdomadaire L’Union Ouvrière et est reçu par le président Emile Loubet à l’Elysée qui déclarera qu’ils doivent continuer « à ne voir, entre patrons et ouvriers, qu’une seule et même classe : la classe du travail ». Le mouvement prend rapidement de l’ampleur et est soutenu par des journaux de droite comme La Croix, ainsi que des industriels ou des politiques du même bord.
Lors du Premier Congrès national des Jaunes du 26 au 29 Mars 1902, encensé et salué par la presse du Figaro au Petit Journal, Lanoir annonce 200 000 adhérents représentants 317 syndicats, tandis que le premier secrétaire et son ennemi juré, Biétry, parle de moitié moins. Malgré l’aspect moins révolutionnaire des jaunes ni les syndicats agricoles, ni ceux affiliés au mouvement social-chrétien ne les soutiendront véritablement. Cependant par leur caractère rassurant, les Jaunes sont portés par un vaste mouvement d’opinion qui va de l’extrême droite antisémite à certains organes radicaux.
Mais au lendemain du congrès, Pierre Biétry vient casser cette dynamique en rompant avec la Bourse Indépendante du travail. Le rêve de Lanoir s’effondre alors, n’obtenant aucun succès aux législatives de 1902, dissolvant le journal en Mai 1903 et la Bourse l’année suivante. Si le mouvement doit à Lanoir ses fondements, il lui doit aussi sa corrosion tant celui-ci avait une probité douteuse et « mangeait à tous les râteliers » malgré ces grands talents d’organisateur.
Pourquoi alors Biétry a-t-il littéralement cassé le mouvement, autrement que par antipathie pour Lanoir ? On reprochait à Lanoir sa mollesse dans son programme qui était de plus en plus conservateur et ses positions qui amèneraiet à une redéfinition du syndicalisme comme anti-gréviste. Biétry dira d’ailleurs de lui qu’il n’a fait que servir les intérêts du patronat.
Né en 1872, cet ouvrier-horloger de formation se lance dans les mouvements syndicaux dans les années 1890 après avoir travaillé en Suisse ou en Algérie. C’est notamment lui mena la marche sur Belfort de 1899 et sera condamné en 1900 pour faits de grèves. Le 1er Avril 1902 il fonde donc la Fédération nationale des Jaunes de France. A partir de ce jour le destin du mouvement sera intimement lié à son existence.
Celui-ci incarne alors un parfait un parfait précurseur des chefs fascistes, autoritaires, conduisant son parti en dictateur, n’hésitant pas à appeler ces militants comme « ses soldats » et devient rapidement l’homme le plus haï de France. Avec lui le socialisme cesse d’être la propriété d’aristocrate ou de journalistes comme Barbès pour entrer de plein pied dans le monde du prolétariat.
En 1903 il renomme son parti en Union fédérative des ouvriers et des syndicats indépendants, souhaitant se débarrasser du terme Jaune, qu’il recouvrera cependant, un hebdomadaire Le Jaune paraissant dès le jour de l’an de 1904. Ce premier parti socialiste national de toute l’Europe éclatera finalement dès novembre de la même année mais sans que ces efforts aient été vains ; Biétry relance ainsi une nouvelle Bourse libre du travail en juillet.

2 L’essor
Comment donc après l’échec du parti, dû en grande partie aux moyens financiers, Biétry a-t-il pu relancer la machine ? A la manière de Lanoir, il est allé prospecter des fonds dans plusieurs milieux : anciens amis de Lanoir, antisémites, antidreyfusards, syndicats agricoles, droite radicale et ex-boulangistes de gauche. On voit ainsi reparaître la royaliste duchesse d’Uzès, conquise par l’idée de l’alliance de l’aristocratie et du peuple contre la ploutocratie, qui fournit la plus grande part du capitale de départ. On assiste donc à nouveau à la naissance d’un mouvement populiste et quelque peu fasciste.
Se joint également l’industriel Gaston Japy, propriétaires usines Japy à Besançon qui l’aide à hauteur de 50 000 F entre 1904 et 1905 et finance en partie un tour de France des conférences pour Biétry en 1906 avant une échéance électorale. De plus, dans sa propre usine, il adopte les mesures sociales du programme jaune et est candidat dans la régions Est aux élections, faisant de lui la deuxième figure du parti.
Se portant économiquement bien, le mouvement jaune se retrouve également à la tête d’un important groupe de Presse avec des journaux qui lui sont affiliés à Caen (Le Travailleur calvadosien) ou à Vesoul (Le Travailleur libre). Il est de plus largement apuyé par le bureau politique du Duc d’Orléans. Biétry ira même trouver des soutiens chez les franciscains en la personne du père Edouard et d’autres ecclésiastiques. Cependant la position est digne d’un équilibriste marquant bien la difficulté à tenir une ligne définie au sein du mouvement jaune vis-à-vis du catholicisme. Ainsi en 1904 l’abbé Lemire et ses démocrates chrétiens se verront exclue de la branche lilloise.
Les Jaunes se rapprochent également de l’Action Libérale de Piou, très ancrée à droite, ce qui amène, dès 1904, Biétry a renoncer au terme de socialisme, marquant donc bien le basculement vers la droite de son mouvement. Biétry sera ainsi élu député de Brest en 1906 grâce à l’appui d’un groupe de femmes ultra catholiques. Mais en 1906 l’aile socialiste du parti, représenté par les deux syndicats pères du Creusot et de Montceau-les-Mines, se retirent du mouvement trop éloigné de son origine.

3 La fonction politique du mouvement jaune

L’action politique jaune se fonde véritablement lors du congrès national de 1904 pour atteindre son apogée vers 1906 lorsque Biétry est élu à Brest et que Paul Leroy-Beaulieu, professeur au collège de France, adhère au mouvement. A 34 ans Biétry fait une entrée remarquée à la Chambre en exposant sa doctrine après Jaurès, sous les huées des socialistes. Accueilli triomphalement par la droite, son discours sera tiré à 100 000 exemplaires et le journal L’Echo de Paris engagera une vaste campagne en faveur des jaunes tandis qu’on voit en lui la figure qu’il manquait au nationalisme français. « Avec les jaunes on croit avoir enfin trouvé cette force nouvelle, agressive et efficace, seule susceptible de réunir les débris de comités nationalistes et de tenir la rue ».
Un grand jeu de relation se noue alors, Biétry apparaissant à un congrès anti-maçonnique, publiant dans des journaux de droite, devenant ami avec des nationalistes comme Delahaye ou les frères de Cassagnac, et surtout en se rapprochant de groupes catholiques et/ou très nationalistes comme la Patrie Française ou l’Action Française de Maurras. Se lançant alors véritablement dans le jeu politique, et après avoir forgé le terme de « mouvement ouvrier conservateur », le mouvement jaune connaît alors la tentation de toutes les ligues et autres mouvements fascistes ultérieurs ; en effet, Sternhell remarque que tous ces mouvements, « après avoir déversé des torrents d'injures sur le régime parlementaire [ne dédaignent pas] tâter du suffrage universel », ce qui amènera à l’étiolement progressif des ces mêmes mouvements.
Déjà les jaunes se tournent vers l’échéance électorale de 1910 en élaborant la ligne suivante contre « le socialisme et l’étatisme ». Ils se donnent donc pour tâche de former un Anti-Bloc avec tous les partis de l’opposition (donc de droite) en apportant une dimension sociale à leur programme. Biétry décide alors de séparer l’entité syndicale, qui gardera le nom de Fédération nationale des Jaunes de France d’une véritable entité politique, le parti propriétiste, chose faite le 23 mai 1908.
Le programme du parti se base principalement sur deux idées : la participation des ouvriers à la possession des moyens de travail (contre le collectivisme total des socialistes) et la lutte contre l’anti-cléricalisme. Biétry déposera ainsi en février 1910 une proposition de loi pour instituer la séparation de l’Etat et de l’école, chaudement approuvée par les cardinaux. L’idéologie jaune est socialement et économiquement tournée vers la droite refusant la journée de huit heures et la création d’un impôt sur le revenu, arguant que ce dernier n’est qu’un moyen pour l’Etat de s’enrichir en accablant les contribuables.
Les contradictions ,et le caractère révolutionnaire des cette droite, apparaissent lorsque l’on s’intéresse au rôle pensé pour l’Etat qui se retrouve très critiqué (une révision de la Constitution est inscrite au programme), au même titre que le libéralisme, rendant ainsi l’union avec les conservateurs très hypothétique. Le ton même de Biétry sonne préfasciste, se définissant comme « chef » d’une « organisation de combat ». Aux deux piliers précédemment cités, Biétry ajoute également l’antisémitisme tant ce terme est fédérateur parmi les droites dans la première décennie du XXè siècle, influencé en cela par l’auteur du livre La France juive, Drumont. Celui-ci prendra lors une grande importance dans le parti, ce qui créera une grande tension interne, le dessein de Drumont étant clair : noyauter le mouvement pour en prendre le contrôle. Ainsi Alfred Poizat, le plus important publiciste du mouvement, déclarera qu’il quittera le mouvement si celui-ci avait adhéré à l’antisémitisme, le mot étant ici à entendre, non pas comme une idéologie, mais comme un véritable mouvement politique organisé.
Au sortir de cette crise qui ne sera finalement que passagère, Biétry s’attaquera encore plus violemment aux Juifs, aidés en cela par la théorie du Dr Graveline qui voit dans l’antisémitisme « une théorie scientifique par excellence » qui se rapproche de l’évolutionnisme. Cependant, malgré ce terme fédérateur, Biétry échoue dans sa tentative de création d’un Anti-Bloc et n’est plus véritablement soutenu que par la droite radicale de Drumont, Rochefort, Delahaye et les Cassagnacs et s’insurge contre la presse qui ne parle pas assez de son mouvement. Peu à peu la droite radicale elle-même lui tournera le dos, Biétry devenant particulièrement vindicatif en traitant l’aile droite de la Chambre de mollassone, allant jusqu’à accuser Déroulède de manque de combativité.
Dès 1907 l’Action Française empiète sur le terrain des jaunes en se situant entre eux et le socialisme, unis par un principe monarchisme, grâce à la création du journal l’Accord social. Les Jaunes ne sont donc plus les seuls à conjuguer les mots droites et social, ce qui leur portera un énorme préjudice. Le mouvement de l’Action française sera par la suite épaulée par la parution en 1909 du journal Terre Libre, organe pourtant syndicaliste-anarchiste. La raison de cet éloignement et de l’isolement grandissant des Jaunes est la suivante : les ouvriers se désaffectent de la démocratie libérale, laissant entrevoir aux hommes de Maurras l’espoir d’une récupération de ceux-ci.
En 1909 lors d’une partielle dans XIIè arrondissement, le candidat jaune Gillain, plus proche collaborateur de Biétry ne peut obtenir le siège malgré de larges appels du côté des conservateurs. Bien qu’il s’en défende, Pierre Biétry sent bien que ce revers signe le glas de l’équipée jaune et renonce même, sous quelques prétextes, à défendre son siège brestois conspuant alors le système démocratique, souhaitant revenir au syndicalisme. Il fut de plus un député désastreux, n’entendant absolument rien à la politique locale, ce qui semble être une caractéristique des députés de la droite révolutionnaire comme Barrès, que leurs ambitions de grand chambardement élève au-dessus des petites gens.
L’agonie des jaunes peut donc commencer, se rendant de plus compte que la scission en deux entités l’avait fait quitter ses racines : le syndicalisme ouvrier. Sans véritable leader le mouvement perd de sa vigueur et on voit ainsi les jaunes du Nord faire front commun avec les « rouges » d’autant plus que la CGT mène alors une « chasse au renard » contre les ouvriers refusant « la discipline révolutionnaire ».
Biétry dans un dernier sursaut d’orgueil en 1911 écrit un livre Le Trépied, ou il préconise la disparition du syndicalisme tout en tirant à boulet rouge sur tout ce qui bouge, et fonde un nouveau journal La Voix française dont il laissera la direction 1 an plus tard à Gillain. S’embarquant pour Saigon il ne fera plus reparler de lui jusqu’à sa mort en 1913.
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