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 Langage poétique, poétique du langage

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Solange

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Date d'inscription : 15/11/2007

MessageSujet: Langage poétique, poétique du langage   Sam 2 Fév - 15:07

LANGAGE POETIQUE, POETIQUE DU LANGAGE
Gérard Genette


Nouveau tracé de la frontière prose/poésie :
Jusqu’au XXe critère phonique = contraintes réservées à et donc constitutives de la poésie (notion de mètre). Fin XIXe naissance d’une poésie libérée de ces contraintes mais tjs distincte de la prose. Cette disparition du critère métrique serait à rapprocher de l’affaiblissement continu des modes auditifs de consommation littéraire. Les aspects sémantiques du langage poétique apparaissent de plus en plus déterminants, même à l’égard des textes anciens que nous lisons selon nos critères actuels.

Poétique de Jean Cohen :
Langage poétique définit comme un écart par rapport à une norme (donc poétique = stylistique de genre étudiant et mesurant les déviations caractéristiques d’un genre de langage) Mais écart est plutôt infraction que déviation : la poésie c’est l’antiprose.
Evolution diachronique dans le sens d’une poéticité sans cesse croissante comme « chaque art involuant en qq sorte, par une approche tjs plus grande de sa forme pure » Principe immédiatement discutable car en vient à poser que « l’esthétique classique est antipoétique ».
Vérification empirique par tests statistiques, tous plus contestables les uns que les autres, mais intéressants.
L’écart n’est pas pour la poésie une fin, il ne remplit sa fonction poétique qu’en tant qu’il est l’instrument d’un changement de sens, donc il se définit par sa réductibilité. Passage du sens dénotatif au sens connotatif : moment négatif constitué par les infractions et impertinences relevée au plan dénotatif aboli dans moment positif au profit du signifié de connotation. Ex : angélus bleu/ angélus paisible.

Critique de cette thèse, et not des méthodes statistiques où G relève trois partis pris bien commodes : choix des trois périodes envisagées (bannissement du baroque, le classicisme comme origine alors qu’il était réaction « Enfin Malherbe vint… » Boileau) ; choix des poètes (trois dramaturges classiques vs six lyriques modernes) ; flou et impertinence de la notion même d’écart
-flou autour de la définition de la figure, comme caractéristique de l’écart, ≠figures d’usage de la poésie classique (flamme) et de la mode (Va te faire cuire un œuf): tout se passe comme si le critère sémantique (écart =détour) lui servait à fonder sa théorie du langage poétique, et le critère psycho-sociologique (écart=invention) à en réserver le bénéfice à la poésie moderne.
-impertinence : tout style est-il poésie ? « De la prose à la poésie, et d’un état de la poésie à l’autre, la différence est seulement dans l’audace avec laquelle le langage utilise les procédés virtuellement inscrits dans sa structure» d’où adoption comme référentiel de la « prose scientifique » mais dans ce cas sa def de la poésie est plutôt celle du style ou de l’expressivité en général = substitution du langage affectif au langage intellectuel (Bally), ce que Cohen nomme connotation. Pour lui il y a antagonisme avec dénotation, alors que co-notation= signification qui s’ajoute à l’autre sans la chasser : c’est leur double présence simultanée qui entretient l’ambiguïté poétique aussi bien dans l’image moderne que dans la figure classique. Désir de Cohen de transformer le langage poétique en langage de l’émotion, qu’il lie au champ connotatif, donc il lui faut repousser le notionnel dans le seul champ du dénotatif. La poésie est une opération à la fois plus spécifique et plus étroitement liée à l’être intime du langage. Elle ne force pas le langage elle en « rémunère le défaut » (Mallarmé) cad le compense et récompense.

Texte de Mallarmé (pour le plaisir):
« Les langues imparfaites en cela que plusieurs manque la suprême : penser étant écrire sans accessoires, ni chuchotement mais tacite encore l’immortelle parole, la diversité, sur terre, des idiomes empêche personne de proférer les mots qui, sinon se trouveraient, pas une frappe unique, elle-même matériellement la vérité… Mon sens regrette que le discours défaille à exprimer les objets par des touches y répondant en coloris ou en allure, lesquels existent dans l’instrument de la voix, parmi les langages et quelque fois chez un. A coté d’ombre, opaque, ténèbres se fonce peu ; quelle déception devant la perversité conférant à jour comme à nuit, contradictoirement, des timbres obscur ici, là clair. Le souhait d’un terme de splendeur brillant, ou qu’il s’éteigne, inverse ; quant à des alternatives lumineuses simples – Seulement, sachons n’existerait pas le vers : lui, philosophiquement rémunère le défaut des langues, complètement supérieur. »

Glose :
Défaut= arbitraire du signe (Saussure). Sans lui pas de vers, parce que toute parole serait poésie. Car la fonction poétique=effort pour motiver le langage. Valéry oppose la fonction prosaïque où la forme s’abolit dans son sens transitivité comparée à la marche) à la fonction poétique où la forme s’unit au sens (intransitivité comparée à la danse). Essence du langage poétique = illusion d’une ressemblance entre le mot et la chose : « La puissance des vers tient à une harmonie indéfinissable entre ce qu’ils disent et ce qu’ils sont. » Pour Barthes conscience cratyléenne des signes « l’écrivain serait le récitant de ce grand mythe séculaire qui veut que le langage imite les idées »

Il faudrait donc étudier les formes de l’imagination linguistique (rêverie motivante) + l’ensemble des procédés et artifices auxquels recourt l’expression poétique pour motiver les signes.
-réduction du défaut par imitation (onomatopées, synesthésies, associations lexicales…)
-correction par adaptation l’un à l’autre du signifié et du signifiant : soit infléchir le sens, choisir parmi les virtualités sémiques celle qui s’accorde le mieux à la forme sensible de l’expres​sion(jour/nuit) ; soit déplacer les signifiants (terme figuré)
Rq : toute espèce de motivation ne répond pas au vœu poétique profond = parler un langage sensible (Eluard)
L’essentiel de la motivation n’est pas dans ses artifices, qui ne lui servent peut-être que de catalyseurs, mais dans l’attitude de lecture que le poème réussi (ou, plus souvent, échoue) à imposer au lecteur. Langage poétique ≠ forme particulière mais = état, un degré de présence et d’intensité auquel peut être amené, pour ainsi dire, n’importe quel énoncé, à la seule condition que s’établisse autour de lui cette marge de silence (Eluard) qui l’isole au milieu (mais non à l’écart) du parler quotidien. Le style est bien, lui, un écart, en ce sens qu’il s’éloigne du langage neutre par un certain effet de différence et d’excentricité / la poésie se retire du langage commun par l’intérieur, par une action – sans doute largement illusoire—d’approfondissement et de retentissement.

Conclusion :
Ainsi compris langage poétique = langage à l’état poétique ou état poétique du langage = langage à l’état de rêve
La notion d’écart d’finit mieux la prose, le langage même comme écartement et disjonction signifiant/signifié. La poésie serait alors réduction de cet écart qui fait le langage.
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