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 Jan Patocka - Le commencement de l'histoire

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Thomas M
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MessageSujet: Jan Patocka - Le commencement de l'histoire   Dim 16 Déc - 19:41

Voilà donc une fiche pour le deuxième article du livre "Essais hérétique sur la philosophie de l'histoire"
J'ai laissé de côté les 5-6 dernières pages dnas lesquelles Patocka présent les doctrines de Husserl et d'Heidegger afin de préparer le terrain à l'article suivant, qui va suivre en fiche également
J'espère que c'est pas trop confus


Pour Marx, il n’y aurait qu’une seule véritable science : l’histoire ; le savoir vrai consisterait en une connaissance exacte de l’évolution du monde. Or le devenir n’est doté de sens uniquement s’il y a un rapport spéculatif, c’est à dire qu’on a pas une visions qui constate simplement mais qui tente de comprendre à partir « d’un intérêt et d’un rapport au monde ». On pense la vie de l’homme sur ce modèle : en effet on explique chacun de nos actes par nos motivations, nos intérêts.

SI l’on s’intéresse à l’histoire, on se trouve devant le même cas : « le sens des évènements est l’accomplissement de ceux qui agissent ou qui pâtissent tandis que le sens de la relation tient à la compréhension des formations logiques qui y renvoient ». Ce dernier est donc nécessairement détaché des événement et compréhensible par des hommes éloignés dans l’espace ou dans le temps. « Le sens des evènements, en revanche, est dans la situation même qui évolue ».

Par contre, si l’on s’intéresse aux premières traces historiques, les annales d’Asie, d’Egypte ou de Chine, on se trouve là avec une histoire anhistorique qui n’a pour but que de conserver l’état pré-historique de l’homme, où la vie a un sens défini : « se borner à l’acceptation et à la transmission de la vie ». On a donc des peuples qui forment une sorte d’oikos, de maisonnée qui prend soin d’elle même par ces textes qui s’apparentent plus à « une écriture rituelle ». C’est alors une vie dans laquelle l’homme ne fait que se concentrer sur lui même et ne cherche pas « des formes de vie plus profonde » même si elle participe tout de même au « mouvement de vérité ».

Patocka distingue ainsi trois mouvements fondamentaux de la vie humaine : le mouvement d’acceptation, celui de défense et celui de vérité. Le premier est le mouvement qui conduit l’humain à être « reçu et introduit dans le monde », notamment par ses pairs. On pourrait le résumer par la formule du grec Anaximandre : « se faire mutuellement justice et réparer les injustices » , bref constituer une communauté vivante.

Le mouvement de défense peut également être qualifié de « dessaisissement de soi ». L’acceptation de l’autre passe par le sacrifice de nous même pour satisfaire ses besoins et les nôtres, et ce, par le travail, qui n’est pas librement consenti et est donc un fardeau, une charge. Notre rythme vital se partage donc entre moment de charge et d’allègements, comme l’éros. Celui-ci a d’ailleurs à la fois un rôle d’acceptation , en ce qu’il crée un espace qui « rend possible l’acceptation d’un nouvel être » ou bien de ravissement qui nous fait toucher à « l’indifférencié » et amène à la volupté.

« L’homme d’avant l’histoire comprend sa vie dans une sorte de métaphore ontologique », c’est à dire qu’il ne saisit pas la différence entre le phénomène, ce qui apparaît à l’esprit, et l’être. Ainsi l’homme pré-historique croit en des dieux, des mythes qu’il ne remet jamais en cause bien qu’il ai un esprit aussi critique l’homme historique de l’époque scientifique.

Dans ce monde « naturel » et « pré-historique » apparaît tout de même le mouvement de vérité qui est le rapport à ce qui rend possible l’apparaître, c’est à dire la nature phénoménale, effective, des choses. Elle est également à la base des arts en ce que ceux-ci cherchent l’avenir, l’avènement contrairement à l’acceptation, fondée sur le passé et la défense, qui se préoccupe du présent. La croyance en des dieux est pour cet homme la seule manière d’être au monde, elle est « la vérité qui lui est appropriée ». Son principal champ d’action étant le domaine social, permettant ainsi de fonder les théocraties. Par opposition lorsque Platon veut fonder sa cité des philosophes, il se base sur le modèle de l’état Hors nature qu’est la polis grecque.

L’écriture sert alors à transmettre « une volonté consciente d’entretenir un système de vie complexe et le parti pris de s’opposer à tout changement », même si cette volonté de tradition précède l’écriture. Elle n’est pas en elle même un but mais un moyen de « pétrifier la forme de vie existante » et permet l’apparition d’une présence nouvelle du passé dans la vie humaine. On peut alors indiquer trois stades du devenir humain : « un stade anhistorique qui laisse le passé dans l’anonymat et se déroule à un rythme purement naturel, un stade pré-historique, où il y a une mémoire collective sous la forme d’une tradition écrite, et le stade de l’histoire proprement dite », stade où se constitue un « essai de renouveau et de redressement de la vie », de lui redonner un sens.

Les premiers empires (mésopotamien etc…)ne proposent pas une rupture comme celle qui a vu les hommes se différencier de l’animal en utilisant des outils. Elles donne toujours aux hommes le même sens de la vie, à savoir subvenir à la subsistance commune, mais le font « de manière organisée ». Ceci en fait les premières étapes vers une nouvelle compréhension de la vie. En effet la concentration de population, le développement des moyens de communication va permettre l’apparition d’un espace d’existence hors de soi c’est à dire la gloire, la « renommée dans la mémoire d’autrui », ouvrant la porte à « une immortalité humaine ».

La vie n’est alors plus vécue pour elle même mais commence à poursuivre autre chose. Cela est rendu possible par le rôle du travail et de la politique, souligné par Hannah Arendt. La libre activité des hommes permet la formation d’un espace public dans lequel on trouve des hommes libres et égaux ce qui débouche sur une concurrence, où le travail n’est plus corvée mais manifestation d’excellence. On voit alors un glissement s’opérer entre « l’acceptation » et « l’initiative ». On passe alors non plus d’une logique ou le travail préserve mais à une logique de production qui bâtit un édifice stable et qu’on veut pérenne. « Ici, la vie n’est pas reçue telle qu’elle une fois pour toutes ; elle se transforme à partir de la base, elle est un essor »

Cette émergence, rendue possible par la politique, rend donc la vie totalement différente dans sa manière d’être que la vie d’acceptation. Le guerrier ne se bat plus directement pour sa famille, pour un « continuum général » dont il fait partie ; « le but est dans la vie libre comme telle ». La vie ne se soumet plus passivement à la contingence ce qui permet alors dépasser au delà de la vision mythique et de voir le monde directement. L’homme « ne voit pas de nouvelles choses, il les voit d’une manière nouvelle ».

En s’appuyant sur l’analyse d’Hanna Arendt d’un passage de l’Ethique à Nicomaque, Patocka pense le commencement de l’histoire de la manière suivante : il y a histoire là où la vie libre édifie un espace pour une vie pareillement libre, où elle tente de se doter elle même d’un sens nouveau à la manière dont l’être du monde se présente à elle.

L’auteur tchèque s’intéresse alors à la polis grec, son organisation et sa création en s’appuyant sur les récits d’Héraclite. « L’esprit de la polis est un esprit d’unité dans la discorde, dans la lutte ». Cette discorde crée une tension entre les citoyens qui amène à délimiter un espace public de liberté politique engendrant ainsi « la renommée durable auprès des mortels ».

Cette lutte des partis qui se fait dans le commun (polemos) engendre la compréhension du monde (phronesis) qui est donc « par essence commune et discordante ». Cette compréhension, qui passe par le bien parler, est l’œuvre du sage, du philosophe qui en unissant les extrêmes discordant peut ressaisir ce que le monde est réellement, « l’éclair de l’être au dessus de l’univers » et cela grâce à la liberté dont il dispose dans la polis. Cette unité qui réunit les discordances est donc à la base de la cité et de la philosophie. La naissance de la cité marque ainsi le commencement de l’histoire.
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