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 Histoire des gauches en France - La Gauche et le Progrès

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Thomas M
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MessageSujet: Histoire des gauches en France - La Gauche et le Progrès   Ven 30 Nov - 2:04

Histoire des Gauches – La gauche et le progrès
Anne Rasmussen

Une des caractéristique du XIXè siècle est que ses contemporains le voient comme le siècle du progrès. A ce titre, la gauche se veut le parti du progrès, avec une vision optimiste du changement.
Le « progressisme », issu de l’héritage révolutionnaire, se veut l’antithèse de l’immobilité traditionnelle. C’est au XIXè, que le concept de progrès, qu’il soit humain ou scientifique se constitue comme véritable action et marche à suivre. A partir des années 1840, le terme prit une nette connotation sociale, comme le montre cet extrait d’un article de Tournier de 1848 : « Progrès c’est la république, c’est la guerre, c’est le régicide ».


Un héritage, le progrès par la raison


L’époque des Lumières est pour la gauche fondatrice de la IIIè République un modèle à suivre, en soulignant le rapport entre l’affirmation du progrès et l’affaiblissement de la croyance religieuse. Cette conception est largement héritée de Condorcet qui place sa vision de l’histoire sous le signe de « la progression continue vers un but déterminé », il y a donc laïcisation de la compréhension historique qui s’éloigne de la tradition biblique. L’ignorance devient donc la source des maux du siècle et permet à la gauche d’installer un programme social basée notamment sur la « perfectibilité indéfinie de l’esprit humain » et l’espoir d’une solidarité soumise à l’intérêt général.
Cet aspect très français, car lié à la révolution se voit augmenté d’un autre, plus international : l’idéal d’un développement illimité des forces de production visant à la satisfaction complète des besoins humains. De cet idéal, se trouve la racine de la mouvance plus extrême du collectivisme, qui veut la réappropriation par les masses des moyens de production.
Il faut cependant bien noter que ces deux axes de développement ne visent pas un but fini, l’édification d’une société stable, mais voient plus loin en participant à un mouvement continu

De « la preuve par l’avenir » au progrès par l’histoire


L’héritage jacobin de la Révolution peut se résumer dans cette phrase de Robespierre : « Tout a changé dans l’ordre physique [avec la physique copernicienne], tout doit changer dans l’ordre moral et politique ». Le progrès devient donc une tension vers l’établissement d’un homme nouveau. Le rapport au temps ne se fait plus tourné vers le passé mais vers l’avenir. Il se constitue alors une science de l’Histoire conçue comme un progrès vers un mieux-être. Cette « preuve par l’avenir » va alors alimenter la pensée des socialistes utopiques qui tendent à créer un véritable paradis terrestre.
Il faut cependant bien noter que cette conception progressiste de l’histoire n’est pas que gauchiste, le cas d’Auguste Comte étant ici un bon exemple. Si celui-ci reconnaît un progrès à l’histoire, son programme certes républicain, n’en comportait pas moins des caractères très conservateurs puisque celui-ci voulait avant tout fonder « l’ordre », contre les projets révolutionnaires. Le marxisme, au contraire, vois le progrès comme la transformation radicale de l’environnement par la collectivisation des moyens de production, amenant par là même la transformation de l’homme.
La théorie du progrès se vit grandement influencé et renforcé par l’arrivée de la théorie darwinienne de l’évolution. « L’humanité avançait à grand pas vers un but qui était la fin du progrès ».

Le progrès comme programme politique : l’espérance d’un monde meilleur

De manière concrète, la gauche s’appuya particulièrement sur les travaux de Condorcet pour penser l’histoire, tout ne l’épurant de sa morale révolutionnaire et anticatholique. Les mouvements utopistes, quant à eux, suivaient cet adage de Saint-Simon : « L’âge d’or, qu’une aveugle tradition a jusqu’ici placé dans le passé est devant nous ».
Que ce soit alors dans ces utopies ou dans la gauche « républicaine » l’accent est grandement mis sur le progrès, Louis Blanc proposa par exemple en 48 la création d’un ministère du Travail et du Progrès. La gauche s’appuie donc alors fortement sur la science, le développement de l’industrie, les progrès de l’électricité et du gaz pour améliorer au maximum les condition de vie de tous les humains. Cette volonté de progrès ne va pas cependant sans une idée très morale, les progrès sociaux et moraux allant de paire, même dans le socialisme, qui en France tient plus du républicanisme que du marxisme pur.
C’est le progrès qui fournit un argument à la gauche au pouvoir dans les années 1880 pour justifier sa politique coloniale, assurant être garant d’une mission civilisatrice. Cette idée de progrès de l’esprit par la science, héritée des Lumières et qui sous-tend la nécessité d’une éducation pour tous, mise en place plus par Jules Ferry, donna à la France des « saints laïques » comme le chimiste Marcelin Berthelot.
Cependant si cet irrésistible appel du progrès eu des bienfaits, comme le développement du mouvement hygiéniste dans les couches basses de la population, il eut aussi le revers de sa médaille, justifiant le colonialisme et l’eugénisme. En effet cette dernière pratique n’est pas le fait d’une politique de droite voire d’extrême droite, mais est largement associée à la gauche, en ce qu’elle voulait améliorer l’espèce. On trouvera alors cette position dans tous les bords politiques, y compris dans l’anarchisme comme avec Paul Robin.
Le dernier aspect de ce véritable culte du progrès est bien entendu sa propension à lutter contre l’obscurantisme catholique en se substituant aux anciennes religions. On vit ainsi parfois, avec le saint-simonisme puis le positivisme, apparaître de véritables églises dédiées à la science et au progrès

La gauche contre le progrès ?

La notion de progrès n’est cependant pas, bien sûr, le terrain exclusif de la gauche. Paul Claudel, catholique, par exemple, célèbre son siècle comme « le grand poème de l’homme soustrait au hasard ». Mais la notion même de progrès suscita de nombreuses critiques, Balzac y voyant une véritable régression politique, Baudelaire un détestable complexe de supériorité sur les époques précédentes. Bien qu’il semble difficile d’être à la fois et de gauche et hostile au progrès, on peut, grossièrement, tracer trois postures qui en sont pourtant l’exemple.
La première consiste à mettre en cause les effets pervers du progrès. Certes la science progresse mais devient en même temps inhumaine et inflige des souffrances jusqu’ici inouïes à l’ouvrier des usines, aliéné, mal payé. Cependant pour Marx, ce mal est un mal nécessaire puisque le socialisme pour pouvoir émerger doit nécessairement s’extirper du capitalisme. Installant alors le communisme dans une sorte de fatalisme historique, Marx préconise de se préparer au Grand Soir en ne pouvant qu’adoucir la peine mais en aucun cas en ne revenant en arrière. La sociologie française ira dans ce sens en montrant qu les transformation économiques et sociales au XIXè siècle sont irréversibles.
La deuxième critique porte sur l’attachement au progrès même. A la fin du siècle, une certaine désillusion s’installe dans l’esprit de certains hommes de gauche et la pensée que le progrès est utilisé avec pour unique but le progrès lui-même devient très critiquée. De même les schémas inspirés de la théorie de l’évolution, comme le spencerisme ou le darwinisme social, qui tentent de calquer l’évolution sociale sur l’évolution animale subissent eux aussi de lourdes attaques.
Enfin on trouve également des thèses qui remettent en cause le progrès lui même comme une idée fausse, ce que fait remarquablement Nietzsche. Une partie des intellectuels de la gauche s’élèvent donc contre le postulat selon lequel « la volonté générale serait toujours conforme à la raison
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